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Le livre d’Alexandre Poussin, l’aventurier.

mercredi 24 décembre 2014

Le livre d’Alexandre Poussin, "Marche avant. Vade mecum à l’usage des aventuriers de grands chemins et des voyageurs immobiles", Robert Laffont, 2011

lu pour vous par Pierre Genin

paru dans le Pecten N°107, pp. 31-33

« Dis-moi comment tu voyages, je te dirai qui tu es… »

Alexandre Poussin est écrivain voyageur. Il a écrit « La marche dans le ciel » où il relate sa traversée de l’Himalaya avec Sylvain Tesson et a coécrit avec Sonia, son épouse, les deux gros volumes d’Afrika Trek où ils partagent leur expérience des 14.000 kilomètres à pied à travers l’Afrique, du Cap de Bonne-Espérance en Afrique du Sud jusqu’au Lac de Tibériade en Israël.

Il n’est jamais allé à Compostelle en pèlerinage à pied ou en vélo. Alors pourquoi en parler ici ? En fait, en 2011, il a écrit « Marche avant ! » où un chapitre sur deux est consacré à la philosophie de la marche, l’autre étant biographique. Livre savoureux dont je vous recommande la lecture où il partage son expérience de la marche et donne quelques judicieux conseils aux randonneurs et aux trekkers qui prennent leur pied à la pratique de la marche ! Mettons-nous à l’écoute des conseils qu’il dispense à tous ceux que la marche intéresse.

Le premier et tout grand conseil que le marcheur écrivain donne est de marcher léger ! Qui l’eut cru ? Marcher léger est pour lui une stratégie fort étudiée. « Afrika Trek reposait sur un calcul : être le plus léger possible pour couvrir une distance suffisante afin de se donner la chance de rencontrer quelqu’un. » Ce qu’on emporte correspond à deux critères : être indispensable et irremplaçable. Il voyage pour rencontrer. Il part avec un sac d’écolier : 11 kilos c’est trop ! Et à force de trancher et retrancher, il arrive « sous la barre des 7 kilos ». Un tel poids leur permettait de franchir la barre des 50 kilomètres… et donc de rencontrer quelqu’un... pour être accueilli. Une nuit sur quatre (300 sur les 1200 jours de voyage) ils l’ont passée en brousse loin de tout, n’ayant rencontré personne au point de chute de fin de journée.
« Cette légèreté nous assurait la mobilité, la vivacité, la discrétion et « ménageait la monture ». Le pas était plus léger, la foulée plus leste. Nous n’étions pas du tout entravés par nos sacs, au contraire, ils nous offraient un bon équilibre, une tonicité, une protection, si bien que nous nous sentions nus quand nous en étions dépourvus. »

Le sac à dos doit, pour ce marcheur professionnel, être le plus petit possible : 23 ou 30 litres maximum. Pourvu de sangles ergonomiques avec un filet de ventilation dans le dos pour permettre un maximum d’aération afin de transpirer le moins possible, d’éviter la déshydratation, car tout simplement la survie du randonneur en dépend. Un accès au fond du sac doit être prévu par une fermeture intermédiaire sans devoir toujours passer par le haut du sac. Un filet sur le côté doit pouvoir contenir une bouteille d’eau si possible en plastique et non une gourde en alu trop lourde à son goût et selon son expérience. Pour passer inaperçu dans la nature ambiante, il insiste sur la couleur qui doit se fondre dans l’univers ambiant : beige, kaki, vert bouteille, marron, noir, gris en concordance avec la couleur des vêtements.

L’auteur aborde longuement les chaussettes et les chaussures et leur éventuel corollaire : les ampoules.
A propos des chaussettes, « il n’y a que la laine. On oublie tout le reste. …même par 50°C. De la laine en bouclettes. »
Il déconseille le coton hydrophile car il absorbe trop l’humidité et laisse mariner le marcheur dans son jus. Le coton s’encrasse, moisit, fait le nid des bactéries. Une fois lavé, il devient rêche et abrasif. Ampoule garantie très rapidement.
La laine ? Oui, les moutons eux-mêmes sont ainsi protégés du chaud pendant la journée et du froid pendant la nuit. Un mouton de Shetlands passe 300 jours par an sous une pluie glaciale. Comme la laine est hydrophobe, l’eau glisse dessus. Bref, « la laine est une matière animale, inventée pour protéger la bête de marche que vous êtes. » « Mais n’oubliez pas : il faut qu’elle soit tissée avec des bouclettes intérieures. » Pour lui, la laine est supérieure aux fibres techniques d’origine plastique, polyester ou polyamide. Toutes ces qualités se retrouvent dans les chaussettes Viking de Monnet avec lesquelles il a marché 5000 kilomètres dans l’Himalaya et 14000 en Afrique. (Le très froid et le très chaud). Ces chaussettes sont en bouclettes de laine vierge avec la tige en coton qui enserre la cheville jusqu’au mollet.

Quant aux chaussures, elles doivent être légères tout en tenant compte du poids de la personne qui randonne. Elles doivent absorber les chocs et posséder des semelles antidérapantes. Des semelles antichocs en Sorbothane. Il préfère les basses tiges laissant libres les malléoles. Dépourvues de talon afin d’éviter toute torsion du pied qui hypothéquerait la suite de l’aventure. En 20.000 kilomètres de piste neigeuse ou poussiéreuse, il n’a jamais souffert de torsion de pieds. Allant à l’encontre de tout marketing publicitaire, il ne recommande pas les films étanches de type Goretex ou Sympatex. Il conseille une chaussure si possible sans couture car les coutures, à la longue, sautent. Une chaussure qui évite la multiplication des renforts et des surépaisseurs. Il les recommande de couleur terre, neutre, discrète. V lite Altitude Ultra WPI chez Hi-Tec semble lui convenir à merveille. « La formule magique pour éviter l’ampoule est l’adéquation entre la chaussure, la chaussette et la forme de votre pied. Une bonne chaussure pour l’un peut être catastrophique pour l’autre. Pas le choix, il faut les essayer, et les « casser » avant de partir. N’hésitez pas à aller au boulot avec, vous pourrez déjà parler de votre trek, et faire bisquer vos collègues ! »

Pour le slip, il prétend qu’un mauvais slip ressemble à un supplice chinois. Il préfère le coton fin avec élasthanne sans couture ni repli, le plus lisse possible. Il attire l’attention quant aux points de friction, à la chaleur et à la moiteur qui provoquent champignons mal placés et où le randonneur finit par halluciner de douleur. Le slip doit pouvoir aussi servir de maillot occasionnellement. Il recommande la couleur noire, brune ou grise.

Un short léger assorti de rallonges jambières en polyamide donne une sensation de soyeux, léger, résistant et en plus cette matière sèche vite. Ni en coton ni en jean, qui pour lui, est « le pire ennemi du marcheur ». « Si vous vous voulez vous débarrasser de quelqu’un lors d’un trek, conseillez-lui le jean. » Le short doit posséder des poches latérales avec renforts aux genoux et aux fesses.

Grâce à son épouse de marcheuse, il aborde le thème de la jupe, longue si possible permettant la ventilation, n’entravant pas la marche et permettant de s’accroupir aisément. En polyamide, permettant une foulée d’un mètre avec plusieurs poches revolver. Pas disponible dans le commerce, ce vêtement est à fabriquer par soi-même.

Le grand marcheur aborde la question du soutien-gorge. Je ne résiste pas au plaisir de vous citer intégralement le paragraphe sur ce délicat sujet. Il est un des rares auteurs à en parler. « Je m’appesantirai sur le soutien-gorge juste assez pour vous dire qu’il faut éviter le coton pour les raisons susmentionnées, il se déformera et se déchirera trop vite, n’offrant pas assez de maintien. Trop de lycra et d’élasthanne, comme le proposent les soutiens-gorge de sport, ne convient pas non plus, ils les rendent trop rebondissants, ce qui provoque des échauffements douloureux et des abrasions de tétons. Il existe aussi des modèles sport qui écrasent, plaquent et aplatissent les seins : ceux-là sont faits pour être portés pendant une heure de squash, après ils arrachent des cris. Un bon vieux Playtex en polyester, sans froufrous ni dentelles, sans rien d’abrasif, avec de bonnes vieilles baleines apporte une résistance et un soutien incomparables. Pensez à choisir un modèle doté de bretelles larges et plates. N’oubliez pas qu’elles seront sous celles de votre sac à dos. Sonia a porté pendant plus de mille deux cents jours sans interruption un Wonderbra qui a fait merveille. »

Quant à la chemise, Alexandre la recommande à manches longues en guise de protection solaire. En polyamide permettant la respiration et la légèreté ainsi qu’une forte résistance. Indéformable une telle chemise peut se laver tous les jours et sèche surtout très vite. Ces chemises sont dotées de soufflets ventilateurs, de poches revolver, de poches de poitrine avec fourreau à stylo. Frotter le polyamide permet d’en évacuer le sel. Un T-shirt en coton peut servir de pyjama.

Alexandre recommande pour la chaleur une fourrure polaire en polyester. Légère, increvable, confortable, chaude même mouillée.
Il déconseille la veste en Goretex qui est lourde et encombrante dans le sac pour de trop rares usages. Il prône une cape de pluie en toile de parachute ultra légère. Ou le parapluie. Il faut un chapeau à large bord si possible en paille ou en coton huilé. Pas en cuir trop lourd et trop chaud. Il conseille les lunettes contre le soleil, à enlever lors des photos ou des rencontres avec les autochtones.
Pour la tente, s’il en faut absolument une, il faut qu’elle soit la plus légère possible, quitte à être à l’étroit.

Alexandre Poussin termine ses conseils en prétendant ceci : « Plus un voyage coûtera cher, plus il sera rempli de superflu ». Ou encore : « Les besoins croissent avec l’épaisseur du porte-monnaie. »


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